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L'Ultra, ce vieil inconnu...

Il est tôt, très tôt. Deux espressos, une banane et une tartine, beurre de cacahuète et confiture de préférence, pas plus. Le reste, quelques morceaux de patates au beurre salé, des pâtes de fruit, des barres céréales et une réserve d’eau rentreront dans le sac à dos. Les lacets sont serrés, défaits, puis refaits, par soucis du bon ajustement, par nervosité ou même par superstition. Et c’est parti pour plusieurs heures de courses. Objectif : devenir un coureur d’Ultra.


En pleine éclosion au Québec, les courses d’ultrafond repoussent les limites, toujours un peu plus. Connus uniquement de quelques « fous » il y a quelques temps, désormais de plus en plus de coureurs se lancent dans l’aventure chaque année.
 
Genèse d’une folie


Pour certain, le simple fait de courir plus que les 42,195 km d’un marathon suffit à être un coureur d’ultra. Les puristes mettront la barre à 50km voire parfois 70km. Peu importe, tout le monde s’accorde sur un point : le plaisir et le dépassement de soi. Ne cherchez pas la limite supérieure, elle n’existe pas.


Il est impossible de déterminer avec précision les origines des ultramarathons. La course à pied était le principal moyen de locomotion de nombreuses tribus ancestrales. Le meilleur exemple est retranscrit dans Born to run de Christopher McDougall. Devenu une référence, ce livre raconte la rencontre de l’auteur avec une tribu Mexicaine du Copper Canyon, les Tarahumaras. Particularité de ces autochtones : être capable de courir pendant des heures sans s’épuiser pour se déplacer mais également pour chasser. Les Tarahumaras sont d’ailleurs à l’origine de la plus vieille longue distance documentée : en 1926, Tomas Zafiro et Leoncio San Miguel se rendent de Pachuca à Mexico, soit 100 km en 9h 37min.


La distance la plus mythique pour les ultramarathons est 160 km (100 miles). Si la popularité de cette distance peut être en partie attribuée au fait que 100 est un chiffre rond, elle vient surtout d’une histoire impressionnante : en 1974, la monture de Gordy Ainsleigh se blesse en se rendant à une course de chevaux, la 100-miles Tevis Cup. Qu’à cela ne tienne, Gordy courra lui même la distance.  Il complètera la course en 23h 47min... devant plusieurs cavaliers. Quelques années plus tard, en 1984, après que le nombre de coureurs ait augmenté année après année sur la Tevis Cup, la « Western States 100 » est créée. Elle deviendra une des courses les plus prestigieuses au monde.
 
[Vidéo YouTube Salomon : The Original] https://youtu.be/629q81fPqYM


 
Il y en a pour tous les goûts
Les courses d’ultrafond les plus populaires sont celles qui se déroulent en sentier : les ultratrails. Au dépassement de soi s’ajoute le bonheur d’évoluer dans des paysages naturels, au milieu de nulle part ; évoluer dans des paysages grandioses est souvent le leitmotiv du coureur d’ultratrail. Difficulté supplémentaire : le dénivelé (D+) qui peut atteindre des sommets vertigineux. À travers la planète, des courses sont devenues des mythes, des graals pour les coureurs aguerris. Même les mieux préparés le savent sur la ligne de départ : il est probable qu’ils ne voient jamais la ligne d’arrivée.


Parmi ces courses étoiles, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (170km, 10 000m D+) dont le tracé tourne autour du toit de l’Europe et traverse 3 pays (France, Italie, Suisse) ou encore le Grand Raid de la Réunion rebaptisé « la Diagonale des Fous » (167km, 9 700m D+) qui traverse la « petite » île de l’océan Indien.
 

 
Nos voisins Étatsuniens ne sont pas en reste, certaines courses hantent les rêves de nombreux « traileurs » : la pionnière évoquée précédemment, la « Western States 100 » (161km, 5486m D+) en Californie, ou encore la « Hardrock 100 » (161km, 10 074m D+) et la « Leadville Trail 100 » (160km, 4800m D+) dans le Colorado.


Au Québec, les évènements se multiplient : les plus connus étant le Ultimate-XC de Saint-Donat, l’Ultra-Trail Harricana Charlevoix, le Québec Méga Trail ou encore le BromontUltra.
 


 
Un autre format de l’Ultra propose des courses à étapes. Le repos entre chaque étape donne alors l’opportunité aux organisateurs de « martyriser » un peu plus les concurrents en allongeant la distance finale parcourue. Parmi elles, le Marathon des Sables dans le Sahara Marocain, 6 étapes pour 250km au total ou la Transrockies (6 jours, 193km, 6000m D+) à travers les sommets du Colorado.
Enfin les courses horaires constituent une autre catégorie, souvent la plus incomprise : il s’agit de parcourir la plus longue distance pendant un temps donné, le plus généralement sur une boucle à compléter le maximum de fois. Cela peut durer 6, 12, 24 voire 48h... voire plus. Les plus folles se déroulent sur une piste d’athlétisme comme c’était le cas lors des 6 jours d’Antibes où les gagnants accomplissaient alors plus de 881km (Olivier Chaigne, 2012). Ajoutons une mention spéciale à la Self-Transcendence : lors de cet évènement couru dans les rues du Queens à New-York, les concurrents doivent parcourir une boucle de 883m... 5649 fois... soit 4989km... FOU !!!! Si les participants ont 52 jours pour compléter l’épreuve, les meilleurs la terminent en 40 jours.


Au Québec, la Pandora 24 marie ultratrail et course horaire : réaliser le maximum de boucles de 10km en 24h dans les sentiers du Parc des Falaises de Prévost.
 
Un autre état d’esprit


Prendre le départ d’un ultramarathon ne s’improvise pas. Avoir compléter un ou plusieurs marathon représente quelque chose de grand dans la vie d’un coureur mais ne vous assure en rien d’être capable de courir ce genre de distance. En plus des facultés physiologiques, votre force mentale est mise (très) durement à l’épreuve. La patience est le maitre-mot. La puissance des moments de désespoir n’a d’égal que les moments d’euphorie traversés lors de ces épreuves. L’humilité apportée par un possible abandon fait grandir au moins autant que la fierté de franchir la ligne d’arrivée. Un ultra ne se court pas contre les autres, il se court avec les autres. Le dernier de la course a le plus grand respect pour le premier qui a complété une épreuve si difficile deux fois plus rapidement que lui. Le premier a un respect réciproque pour la patience et la détermination du dernier à n’avoir jamais lâcher pour accomplir cette même épreuve.


Et en général, plus c’est long, plus c’est bon. Pour de nombreux coureurs, ce voyage au pas de course s’accompagne, souvent sans s’en rendre compte, d’un voyage spirituel ; ce moment où la quiétude, l’environnement et la fatigue oblige à savourer le moment présent. Le stress de la dernière semaine de travail n’est même plus un souvenir et l’agitation de celle à venir n’effleure même pas l’esprit. Seules de simples obsessions: le prochain ravitaillement, le prochain arbre, le prochain pas... rien d’autre.
 
Attention, courir un ultramarathon ne fait pas d’un coureur un « vrai » coureur. Certains préfèrent courir les plus beaux marathons au travers des plus belles villes du monde. D’autres aiment la puissance d’un record personnel sur 5km. L’accomplissement de soi doit rester la motivation première. Trouvez votre Ultra, explorez, soyez curieux... amusez-vous...
Qui dira à Usain Bolt qu’il n’est pas un « vrai » coureur parce qu’il ne court « que » 100m ?
 

Texte de Thibault Chesney


Lectures recommandées :
- McDougall, Christopher (2009). Born To Run. Alfred A. Knopf (eng) ou Broché (Fr)
- Jornet, Kilian (2013). Courir ou mourir – Journal d’un Ultraterrestre. Arthaud Poche

- Koop, Jason (2016) Rutberg, Jim: Training Essientials for ultrarunning: how to train smarter, race faster, and maximise your ultramarathon.

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