On court, on court… pourquoi, déjà?
Chers membres de l’Équipe Endurance (actuels et futurs), savons-nous pourquoi nous courons?

 

Bien sûr que nous le savons : nous courons parce qu’on aime ça et que ça nous fait un bien fou, jouer dehors, décrocher, respirer!, transpirer, méditer en solo, rigoler en groupe, se dépasser et j’en passe – un membre de l’Équipe, Stelio Perombelon, nous a bien résumé le tout dans les médias dernièrement, avec ce « supplément d’âme » qui distingue les grands chefs. Donc, oui, nous le savons!

 

vraiment?

 

Alors pourquoi courons-nous même quand ça n’a aucun sens? S’épuiser à préparer un marathon dans ses temps libres, parfois au péril de son couple, de ses tendons d’Achille ou des deux, est-ce vraiment sensé? Ou en courir un comme le dernier de Boston, malgré une météo tellement épouvantable que même « les canards étaient tous aux abris », pour reprendre l’expression d’Yves Boisvert, chroniqueur à La Presse qui s’est penché sur la question de façon aussi pertinente qu’hilarante dans Aquabonisme à Boston?

 

Yuki Kawauchi, le sympathique Japonais de 31 ans qui vient de remporter cette épreuve en avril, explique candidement en entrevue qu’il participe à plusieurs marathons par année parce qu’il « aime courir » et qu’il « aime voyager ». Ça paraît simple… Quand on apprend toutefois qu’il préfère travailler temps plein pour financer ses courses plutôt que d’être commandité et de se faire dire quoi faire et que sa devise est « Casser les codes », on comprend pourquoi il fascine tant ses concitoyens, tellement enrégimentés – et on conclut que l’homme est peut-être simple, mais loin d’être simplet…

 

Autre Japonais mondialement connu, l’écrivain Haruki Murakami, à qui on n’arrête pas de prédire un prix Nobel, est également marathonien, mais à la différence de Kawauchi, il ne travaille pas pour courir : il court pour travailler. Né en 1949, Murakami s’est mis à la course sur le tard, à 33 ans, et on lui a tellement demandé « pourquoi? » qu’il a fini par répondre en 220 pages, en 2007, dans Autoportrait de l’auteur en coureur de fond.

 

La quatrième de couverture de ce livre dit ceci : « Le 1er avril 1978, Murakami décide de vendre son club de jazz pour écrire un roman. Assis à sa table, il fume 60 cigarettes par jour et commence à prendre du poids. S’impose alors la nécessité d’une discipline. La course à pied lui permet de cultiver sa patience, sa persévérance. Courir devient une métaphore de son travail d’écrivain. Journal, essai, au fil de confidences inédites, Murakami nous livre une méditation lumineuse sur la vie, qui, comme la course, ne tire pas son sens de sa fin inéluctable. »

 

« Lumineuse » en effet : ce bouquin éclaire. Murakami a réfléchi à sa réponse pendant 10 ans et n’a pris personne de haut en la rédigeant. Page 7 : « Je ne cherche absolument pas à donner à qui que ce soit un conseil du genre : “Allez! Courez chaque jour et vous garderez la forme!” Ce que j’ai voulu faire, au contraire, c’est exposer mes pensées sur le sens que revêt pour moi, en tant qu’être humain, le fait de courir. Tout simplement m’interroger, chercher des réponses. »

 

La quête de sens – tout simplement. Résolument dans l’air du temps, sur notre planète menacée : on court… après quoi, déjà?

 

J’ai lu cet ouvrage une première fois en 2011 lorsqu’il est paru en format poche, juste avant de participer à mon premier 10 km chronométré. Sept ans et six demi-marathons plus tard, je viens de le relire en préparant mon deuxième marathon, et les milliers de kilomètres qui séparent mes deux lectures (ou la cinquantaine bien entamée?) me l’ont fait paraître encore plus inspirant. Cela dit, je me demande encore souvent : « Pourquoi je fais ça, déjà? »

 

J’ai 42,2 km pour continuer à y penser, le 27 mai à Ottawa… D’ici là, j’adopte la vision de Murakami avant son nième marathon de New York alors qu’il approchait de la soixantaine : « Franchir la ligne d’arrivée, ne jamais marcher, prendre plaisir à la course. Tels sont, dans l’ordre, mes trois objectifs. »

 

Et vous, quels sont les vôtres?

juin 13, 2018 par Marie-Hélène Papillon

Commentaires

Martel, Josée

Martel, Josée a dit:

Je te remercie Marie-Hélène de ce partage qui m’inspire beaucoup et pique ma curiosité. Ce livre sera ajouté à ma liste de lecture pour les prochains mois.
Je te félicite encore pour ton dernier marathon au mois de mai dernier à Ottawa.

Au plaisir de se croiser cet automne à la Boutique Endurance.

Josée Martel

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