On ne sait jamais vraiment où la vie nous mènera.

Je m’en souviens comme si c’était hier…

C’était au mois d’avril en 2004. Je venais d’être accepté dans l’équipe des Marquis de Montréal, midget AAA au baseball. Contre une seule petite condition, que ma directrice d’école accepte que je puisse partir en Floride pendant 10 jours pour un camp d’entrainement. Il n’y avait que 4 petites questions toutes simples.

  • Pensez-vous que Dominic pourrait partir en Floride pendant 1 semaine, sans compromettre son année scolaire?
  • Est-ce que Dominic a des difficultés scolaires?
  • Est-ce que Dominic a des échecs scolaires?
  • Est-ce que vous autorisez Dominic à s’absenter de l’école pendant 10 jours pour qu’il puisse aller jouer au baseball en Floride?

 

  • Non
  • Oui
  • Oui
  • Non

Je n’étais pas tellement fier en arrivant à la maison ce soir-là. Non seulement je ne pouvais plus aller en Floride avec les Marquis, mais je ne pouvais plus faire partie de cette équipe, parce que ce camp était obligatoire.

Savez-vous ce qui est arrivé?

Ça :

Mon père : Dom, est-ce qu’il y avait aussi une copie en anglais de ce formulaire?

Moi : Oui

Mon père : On va remplir le formulaire en anglais et on va inverser les réponses.

 

Je ne sais pas si c’était la chose à faire. Mais je suis certain d’une chose, c’est qu’il ne le regrette pas aujourd’hui, tout comme moi. Tout ce qui a découlé de cette histoire par la suite. J’ai travaillé fort le reste de l’année et j’ai passé tous mes cours. L’année suivante, j’étais accepté en sport étude. Ensuite, le cégep, le junior élite, l’université et la kinésiologie, le baseball en Europe, la course à pied, les marathons, la massothérapie et j’en passe.

 

Dimanche le 23 septembre 2018

  • 5h am. Le cadran sonne et je me lève. Aujourd’hui, je ‘’pace’’ un de mes amis au marathon de Montréal.
  • 6h am. Je pars de la maison en courant vers le départ du marathon. 6 km plus loin, j’aperçois quelques coureurs du club. L’équipe Endurance est là. Ils sont 37 à courir le 21km et le marathon aujourd’hui. Quelques minutes avant le coup d’envoi, on entend l’Hymne National. Ensuite, les feux d’artifice. Wow, c’est magnifique.

 

  • -7h30 am. Et c’est parti pour le marathon. Je fais quelques km avec mon ami pour lui donner l’allure, puis je le quitte. Je le reprendrai plus tard au 19e km.

 

  • 8h54 am. Mon ami est dans les temps et je pars le rejoindre. En arrivant au 25e km, je réalise que ce ne sera pas une journée facile pour lui, il trouvait ça déjà pénible. En arrivant au 30e km, il me fait comprendre que le marathon s’arrête là pour lui.

 

 

  • 9h38 am. Me voilà seul au monde au beau milieu du jardin Botanique à 12km de l’arrivée. Je ne me plains pas du tout. Mon ami se sent, sans aucun doute, beaucoup plus seul au monde que moi. Mais le résultat est le même. Je ne sais pas quoi faire. J’ai mon dossard, par respect pour l’organisation et pour les autres coureurs, mais j’ai arraché la puce ce matin avant de partir, parce que je savais que je ne courais pas le marathon au complet et que je ne voulais pas tricher. Je reviens donc sur mes pas en cherchant une réponse. Je viens de vivre une petite défaite en tant que coach.

 

Et c’est là qu’il apparait.

 

  • 9h40 am. Je vois un jeune homme qui semble en mauvaise posture. Il n’a pas l’air d’avoir plus de 14 ans : assez surprenant sur un parcours de marathon! Je me mets alors à ses cotés et je commence à courir avec lui.
  • Moi : Salut, comment tu t’appelles?
  • Lui : Laurent.
  • Moi : Je suis entraineur en course à pied, ça te dirait que je cours le reste du marathon avec toi?
  • Lui : Oui, ça me ferait vraiment plaisir.

 

Et on repart ensemble. Il est magnifique à voir. Avec son regard bourré d’espoir et de détermination. Chaque fois que nous passons devant des spectateurs, je suis invisible. Les gens n’ont de yeux que pour Laurent. Je participe avec eux à chaque fois en applaudissant moi aussi et en l’encourageant de mon mieux. Les gens admirent sa bravoure et moi également.

 

  • 10h46 C’est l’arrivée du marathon pour le jeune espoir de 14 ans. Pouvez-vous croire, 3h16 minutes!
  • 11h  Je repars en courant vers la boutique Endurance avec ma médaille en main. Je cours ainsi les 3km qui me manque pour compléter les 42 km de ce marathon.

 

Je l’ai fait. Je l’ai complété ce bizarre de marathon pour mériter cette médaille et pour mériter cette photo que j’ai prise avec Laurent. Elle est maintenant accrochée au mur… Cette médaille que j’ai gagnée aux côtés d’un grand homme. 😊

 

Ce n’est peut-être pas de prendre la meilleure route au monde, que de faire un marathon à 14 ans, mais c’est le chemin qu’il a pris. Et je suis persuadé que ça le mènera très loin. Ne serait-ce que pour la détermination que ça lui aura apporté... Et qui sait, peut-être que ça ouvrira une porte à certains jeunes qui étaient sur le parcours à l’admirer. Peut-être qu’un de ces jeunes va se mettre à la course à pied grâce à Laurent. De toute façon, qui a dit qu’il fallait faire comme les autres pour réussir? Les plus grands Hommes de ce monde ne prennent pas la même route que les autres... Ils en découvrent des nouvelles.

 

Laurent est suivi par un excellent entraineur, Jean-François Martel, qui est également l’entraineur de Patrice Labonté, un des meilleurs coureurs au Québec. Et ils ont convenu ensemble qu’il ne toucherait plus au marathon avant un long moment et qu’il allait se concentrer sur de plus courtes distances. Je partage d’ailleurs l’avis de Jean-François à ce sujet. Il deviendra encore plus fort, à améliorer sa vitesse en se concentrant sur des plus courtes distances.

 

Bonne chance pour la suite Laurent et merci de m’avoir fait vivre ce beau moment.

 

octobre 03, 2018 par Dominic Royer

Commentaires

Sylvain Barrette

Sylvain Barrette a dit:

Bravo! Belle histoire que celle d’aider un ami et encore plus d’en profiter pour supporter un jeune athlète en devenir!
Tu as un grand coeur Dom. Savoir redonner aux autres est un grand geste!

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